Ville d'Ondres

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Ondres d’hier à aujourd’hui… Les pignères d’Ondres

Si la forêt actuellement est fréquentée par beaucoup de promeneurs, piétons, cyclistes, chasseurs, depuis l’exploitation entièrement avec engin mécanique sans beaucoup de personnel, les choses ont bien changé.

Témoignage, par Charlot Carty.
Avant cette évolution, c’était un va-et-vient d’attelages avec charrettes à grandes roues qui creusaient de grandes ornières « arroutious », avec chevaux, ânes et mulets et pour les bois d’exploitation c’était avec des paires de bœufs et mules qui transportaient ces gros troncs vers les scieries. Parmi tous ces attelages, il y avait ceux qui portaient tous les produits de la forêt, la litière (le soustre), le bois de chauffage, branches, feuillus, ce qui était permis et un peu « d’interdit » au fond de la charrette, les barriques de résine, récolte du résinier, l’ajonc (la baste), excellent aliment pour les équidés, la brande pour faire des balais, l’écorce des chênes lièges pour les bouchonneries.

Mais, les plus nombreux étaient ceux des pignères dont l’activité consistait à ramasser ou récolter les pommes de pin (les pignes), pour vendre à Bayonne et Biarritz ; ce produit était un excellent allume-feu pour les cuisinières à bois, à charbon et autres cheminées. Cette activité était spécifique à Ondres entre 20 et 30 familles suivant les périodes la pratiquaient. L’approvisionnement de cette matière demandait beaucoup de travail par tous les temps, partir le matin très tôt (4 ou 5h) jusqu’à 20 km et plus à la recherche des parcelles où les pignes seraient en abondance, avec une échelle longue, étroite et légère, pour arriver aux premières branches avec une perche très légère munie d’un crochet au bout (l’estoumi). Les pignes étaient décrochées de leur pédoncule puis ramassées souvent dans la broussaille où la tenue appropriée, pantalon d’homme et autres protections, n’évitait
pas toutes les épines de laisser leurs traces sur plusieurs parties du corps. Le travail de monter aux arbres était effectué par des hommes qui en plus de leur emploi allaient aider leurs épouses pour ces tâches bien spécifiques tout en leur laissant les arbres les plus bas pour les laisser participer. Quand les charrettes étaient pleines, c’était le retour à la maison, vers midi ou deux heures suivant l’éloignement. Ces pignes récoltées sur les arbres étaient fermées ; pour les faire ouvrir il y avait le four, avec un socle de pierre sur lequel était bâti en brique et en argile le four lui-même avec une porte sur l’avant comme ceux des boulangers. Pour le chauffer, on le bourrait de branches de brande et de baste que l’on ramenait de la forêt, puis les utilisateurs connaissaient la quantité nécessaire et le temps de combustion pour obtenir des pignes bien ouvertes et brillantes signe de bonne qualité. Puis c’était la mise en sac, avec bien sûr les plus belles apparentes avec « quelques douzaines de dix », sens du commerce oblige! La réserve chez les clients n’était jamais à sec !
Puis c’était le meilleur travail, la vente vers Bayonne et Biarritz avec une charrette plus légère, avec suspension et système de freinage, appelée voiture, contenant le chargement volumineux de faible densité avec juste la place de la cochère avec une tenue soignée autre que celle utilisée en forêt. La journée passait au rythme de l’allure de la bête, prenant le temps d’échanger avec les clients qui étaient souvent des maisons avec un commerce et pensant sur le chemin du retour à l’approvisionnement nécessaire à la vie de tous les jours.
On disait chez les pignères : « c’étaient des bonnes maisons ». Parmi ces femmes laborieuses certaines avaient le nez un peu rouge avec le froid du matin; un casse-croûte avec jambon ou pâté nécessitait une boisson un peu « consistante », autre que pour croissant ou biscotte! Elles étaient des mamans sans avoir jamais vu ni gynéco, ni suivi de préparation pour accouchement sans douleur, ni régime particulier.
On a dit de certains de leurs enfants qu’ils étaient nés au pied d’un pin ! Vu leur vivacité, il est vrai qu’ils avaient fait beaucoup de berceau dans la charrette sur les chemins pleins d’ornières «barlacs». Il est bon de dire aussi que la majorité de ces personnes était propriétaire de leur maison sans de gros crédits à rembourser aux banques. Elles avaient aussi soin de la bête qui était attelée très longtemps et qui avait besoin d’une bonne nourriture.
Elles rendaient aussi plusieurs services et quelquefois avec un certain humour dont celui-ci :
un chasseur ayant attrapé un lièvre un peu dans l’illégalité voulait le vendre à Bayonne, mais il y avait un contrôle à l’entrée de la ville pour payer l’octroi. Il sollicita Marie qui accepta cette tache mettant le lièvre sous ses jambes bien caché sous les cotillons. Arrivée avec les autres pignères devant le préposé au contrôle qui les connaissait bien et lui demanda en patois :
« Quas a declara Marie ?
– ioue bère lèbe entre leus cames !
– Ah tu bas pas chandia ! »
« Qu’as-tu à déclarer Marie ?
– Un beau lièvre entre les jambes !
– Ah tu ne changeras pas ! »
Et le lièvre est bien passé et sans rien payer…

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Lu dans le quotidien Sud Ouest :