Ville d'Ondres

Naturellement

Ville d'Ondres

Juliette Gréco à Ondres : un ange est passé à Capranie

Juliette Gréco accomplit des prodiges. Samedi soir, le temps s’est arrêté à Ondres.

À l’heure dite, Gérard Jouannest et Jean-Louis Matinier se sont glissés furtivement sur scène et ont entonné le refrain des anges pour l’inviter à nous rejoindre. Une clameur a retenti que nous n’oublierons jamais : elle s’est avancée doucement, presque timidement, a ouvert ses grands yeux marrons quand les premiers rangs se sont levés, puis la salle. Elle s’est arrêtée un instant, a découvert un sourire immense puis a joint les mains en nous regardant et nous avons toutes et tous plongé béatement dans ses prunelles, pétrifiés par la réalité, subjugués d’être là, minuscules, devant elle ; nous fulgurions ! 
Son premier mot, ses premiers vers se sont enroulés sur le piano, découvrant cette voix de légende qui décoche, clame, allonge, rage, s’enflamme. On est pris d’ivresse. Elle écarquille encore les yeux. On replonge ! Les titres s’enchainent ; elle annonce les auteurs : « Gérard Jouannest, Jacques Brel, Bruxelles ». Le regard se pose sur Gérard Jouannest et l’on tente de figer à jamais ce moment de magie dans sa mémoire. « Gérard Jouannest, Marie Nimier, le pont Marie », « Léo Ferré, avec le temps ». On suffoque. Dehors les éléments se déchainent, un torrent de pluie s’abat sur Capranie et on ne peut l’ignorer ; une chanson, deux chansons… Ils jouent alors un peu plus fort… Le piano fait des vagues sur les claquettes de la pluie. Ça passe, ouf. « Gérard Bourgeois, Jean-Max Rivière, un petit poisson, un petit oiseau », Capranie est perdue dans le creux des nuages. « Serge Gainsbourg, la javanaise », l’accordéon de Jean-Louis Matinier s’embrase. « La chanson des vieux amants, Jacques Brel, Gérard Jouannest », on succombe. 
Elle prévient à peine : « déshabillez-moi » ! Tout Capranie ronronne, flotte, ne souffre plus d’aucune douleur et vole à ses côtés.  « Gérard Jouannest, Jacques Brel, Ne me quitte pas ». On se pâme. Quelques vers encore. Puis elle s’est penchée lentement quand Capranie s’est levée. Et a salué… À vrai dire, c’était une sensation unique ; nous étions debout et effondrés à la fois, criant, applaudissant, touchés en plein cœur, debout avec elle, beaucoup en larmes, bouleversés.
Tout simplement époustouflant.

[Lire aussi, dans Sud Ouest] : « Je suis une passeuse », interview d’Emma Saint-Genez…

Les commentaires sont fermés.





Lu dans le quotidien Sud Ouest :